mis à jour le 11/02/26


Salut à tous,
Je vais placer ici quelques images fixes ou en mouvement avec parfois un commentaire, parfois pas.
Bref, faisons simple dans un premier temps.
Après un voyage un peu longuet et forcément un peu inconfortable (quelques retards et au final 3 petites heures de sommeil), me voici sur le sol Argentin.
Première impression au sortir de l’aéroport et confirmée largement depuis : je suis de retour à la maison, enfin à ma seconde maison. L’Argentine était restée vibrante en moi pendant tant d’années et j’appréhendais un peu le choc de la réalité. Une déception, un « c’était mieux avant, tout fout l’camp« , une magie estompée par 32 années de leurs crises économique et 32 années de ma déconnexion. Rendez-vous compte : ça fait tout de même 64 ans en tout.
Hé bé non. Je me sens ici (à Buenos Aires) chez moi ou en tout cas légitime. La mégapole du Río de la Plata ne m’a pas attendu tout ce temps, mais moi, je fais semblant de le croire et ça me fait du bien sans faire du mal à personne.
Je m’installe donc à mon hôtel Sabático, pas loin de San Telmo où mes activités seront concentrées ces jours-ci.
Le soir même j’ai mon premier contact avec le Cinquième Festival ElectroTango de Buenos Aires, un festival unique en son genre.
Mon manque de sommeil me situe largement à côté de mes pompes (ce qui pour danser n’est pas idéal). J’ai tout de même douté en arrivant sur place où absolument rien disait qu’un festival se déroulait derrière cette porte… Je te laisse juger.

Après un foirage sur le lieu et puis sur l’heure du début, Fer et Fran (les organisateurs du festival) m’accueille avec chaleur, douceur, gentillesse et simplicité, comme nous avions toujours été potes. Rien que ça valait (presque) le voyage. Eu égards à mon long voyage pour venir participer ou à je ne sais quelle autre chose qui me fait mériter les honneurs, je suis considéré comme VIP. Je ne suis pourtant pas le seul à avoir le pass complet. Je ne m’en plains pas mais je ne suis pas sûr de mériter ce traitement de faveur. Enfin c’est cool tout de même.





La première impression est que le tango de demain se définit dans ce genre d’endroits où des artistes viennent partager leur pratique et leur expérience artistique et leur pédagogie de maitres du genre.
En particulier, ce premier jour, qui se confirme ensuite, est un gommage des rôles typiques du tango et de la danse de couple en général (le guide et le suiveur). Non seulement, je ne pourrai pas rentrer dans une vraie connexion si je n’ai pas occupé les deux positions (guide et suiveur). Mais aussi, ces rôle s’échangent et se négocient en dansant dans la fluidité. Je peux changer de rôle 10 fois sur une même danse. Les possibilités d’abrazos (l’accolade qui crée le contact et l’espace de danse) sont très larges pour supporter cette fluidité. Finalement, il y a des rôle intermédiaires ou pas de rôle du tout (à certains moment, chaque danseur fait ce qu’il veut pour autant que cela lui semble adéquat à ce moment dans le lien entre les danseurs). Tout ceci ouvre beaucoup de possibilités dans un monde dont les codes sont en mutation. En particulier, cela relâche la pression sur les théories du genre. Au début du siècle passé, les hommes dansaient ensemble le tango sans que cela ne gêne personne. Aujourd’hui, deux personnes (parfois plus, parfois moins) dansent le tango ensemble et c’est tout ce qui compte. Cela n’impose rien à personne, c’est juste un élargissement du catalogue des possibles et chacun y puise les postures qui lui vont.
A travers les ateliers, j’ai pu m’essayer à tester le contactango (pour faire simple un mélange de biodanza et de tango où le contact n’est pas limité aux bras et au triangle avant des pieds), la musicalité, les rôles (cfr supra), la création de l’espace commun de la danse, la créativité (« hacke » ton tango), l’importance de percevoir et d’utiliser son axe (vraiment un truc fondamental). Là, je reviens encore d’un atelier inspiré de la danse contemporaine pour élargir le vocabulaire du tango sur base de la vaste palette de mouvements réalisables avec notre corps pour autant que je veuille m’en servir.
Les ateliers sont forcément suivis d’une milonga (22h-04h) avec des DJ’s en vogue ou de la musique live plus ou moins électrotango (j’ai entendu plus de musique acoustique, parfois un peu hybridée, que d’électro tango pur). Quelques démos de tangos contemporains, contact, burlesque, neo, nuevo, electro… viennent émailler cette trame intense et riche en rencontres.
Là où je pensais tomber dans un univers hermétique de spécialistes, je me retrouve dans un bouillon de culture ouvert, international et tant les festivaliers que les profs sont curieux de toutes les nouveautés qui s’offrent à eux, souvent hors de leur zone de confort. C’est franchement topissime.
Allez zou, je vous mets des images pour récompenser ceux qui ont lu (ou fait semblant) jusqu’ici (il n’y a pas d’interro).
Concert Milonga avec Otros Aires.
Et quelques extraits de milongas (soirée tango en social)…
Bon, je n’ai pas fait que le festival. J’ai trainé mes sandales dans les rue de BsAs.
Il y a ce qui se voit de la rue…



















(*) Alfonsina Storni, poétesse féministe Argentine
Et puis parfois des surprises, des contrastes, des lieux qui exigent qu’on pousse une porte, qu’on rentre dans une impasse ou qu’on aille hors des grands spots touristiques.


















… [à suivre… on m’appelle]
Le Théâtre Colón est l’un des plus mytiques du monde, comme le Carnegie Hall ou La Scala.
On y présente peu de programmes qui s’écartent des canons classiques de l’opéra, de la musique symphonique ou de la danse. Même Astor Piazzolla n’y entre que très rarement.
Mais voilà, il était dit que l’Argentine m’attendrait en mettant les petit plats dans les grands. Et bim!, moi de m’enquérir des places encore disponibles avant mon départ et la fin annoncée de cette belle affiche.
Je me prends donc un parterre (ben quoi, tant qu’à aller au Colón, je n’allais pas m’installer dans un pigeonnier tout de même).
Déjà le théâtre est fantastique. Très grand théâtre à l’italienne, avec un hall énorme où les portes sont ouvertes par des portiers en livrée et en perruques. Un décorum désuet dans un écrin de majesté.




Le spectacle est une narration vivante de la vie du maitre du Tango Nuevo dans un pays où tout change, sauf le tango. Quand il nait, le nom Astor n’existe pas (en Argentine, c’est surtout un nom de famille aux États Unis).
Très jeune, vivant dans la pauvreté, son père lui achète son premier bandonéon d’occasion à 18 dollars. il a l’obsession de jouer le tango et à vouloir rendre son père fier de lui tout en ne suivant que difficilement les cursus officiels des écoles ou académies. On y apprend sa rencontre (au toupet) avec Gardel à New York, sa collaboration avec Troilo et finalement au terme de péripéties absolument épiques sa confrontation avec les plus grands musiciens classiques de son époque. Tout en lui veut jouer en grand et écrire des concertos et des symphonies, mais en étant complexé par l’origine modeste et populaire du tango. Il se cache mal derrière ses compositions classique jusqu’au fameux jour où à Paris Nadia Boulanger, qui a formé les plus grands musiciens classiques et qui ignore alors son passé de tanguero, le force jouer sa musique et le révèle ainsi à lui même. La mort de son père (Adios Nonino) etc. jusqu’à sa mort et la conclusion cinglante : Ce qui ne change pas meurt.
Il n’est bien sûr pas autorisé de prendre des photos durant le spectacle… voici juste le minimum syndical qui ne dit rien des changements de décors absolument géants ni du jeu des acteurs, de la musique, du chant ou de la narration.




Ce fut grandiose, un niveau artistique de ouf, une émotion à te remuer les tripes. C’est simple, dans Balada para un loco, je pleurais (bon je l’adore particulièrement).
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[…]
FIN— pour l’instant
